Rage I: L’Éboulement

Si c’est pour me dire que tu veux t’en aller, bin crisse donc ton camp tout de suite, de toute façon ça vaut pas la peine de s’attarder! La dépréciation, tu connais ça? J’vais te montrer, moi, jusqu’où ça peut aller; j’vais te montrer comment ça change une vie. Tu penses qu’on peut avoir de l’estime pour soi, tu penses que c’est autre chose qu’un mécanisme, qu’une construction?

Rien rien tout tout jamais jamais toujours toujours!

Je me suis retenu longtemps, j’ai gardé ça au fond de ma gorge, je me disais que c’est pas une bonne idée, que ça va passer. Mais là… Je ne peux plus rien endurer, ça va déborder, j’ai mal partout et y’a plus rien qui marche pour me sortir de là. Il faut que je me détruise, il faut que je me varge dessus. Rendu là, je ne connais plus rien d’autre, faut que je devienne un martyre pour que tu comprennes.

Tu m’écoeures. Je t’aime. Demande-moi pas de choisir, je veux tout et rien et le gris n’existe pas. J’ai envie de ne plus être là, j’ai envie d’être là mais qu’il n’y ait plus rien autour de moi. Disparais!

Tu veux que j’te montre comment on se varge dessus? Tu veux voir, ostie, pour savoir comment je me sens? Tu veux savoir jusqu’où va la violence que je porte? Je vais te le montrer, tu vas voir.

Le monde est un gros tas de marde qui fermente du cash, bourré de parasites qui se gavent jusqu’à en vomir des excréments de mon cash de mon cash de mon cash. Et rien ne va changer, rien jamais, parce que tout le monde qui peut changer quelque chose a le nez les yeux les oreilles les mains la bouche dans le tas de marde occupé à se remplir les poches parce qu’au fond tout ce que tu veux c’est de l’argent pis moi aussi pis tout le monde avec, tu sais très bien que tu fais la même chose parce qu’on est juste des égoïstes et qu’il n’y a pas un Jésus au monde qui va nous faire changer parce qu’on est des animaux et tout ce qu’on veut c’est préserver nos gènes et pour ça y faut du cash.

La corruption, tu l’as dans le corps à longueur de vie: des p’tits mensonges sans importance, des donations qui font du bien à l’organisme qui te touche parce que les autres tu t’en crisses ça ne t’atteint pas de toute façon. Hypocrites, moi pis toi, depuis qu’on est né et ça ne va jamais changer.

Tu fais ton offusqué, tu te dis que j’exagère? Ferme-la! Tu l’sais bien que j’ai raison, t’as juste peur de l’avouer parce si tu le fais la vie est tellement merdique que tu vas aller te tirer une balle.

T’es rien, rien, absolument rien. Tout ce que t’es c’est un ostie de portefeuille et c’est les liasses de billets qui te donnent le droit de vivre. Fuck ta personnalité, tes rêves pis tes aspirations; ça n’a aucune importance, tout le monde s’en crisse même tes amis même s’ils font semblant de trouver ça intéressant. C’est juste tes amis parce qu’ils retirent quelque chose de toi. Même ta blonde, c’est juste ta blonde parce qu’elle se sent importante quand t’es là.

Y’a personne, personne, comprends-tu? Juste toi, tout seul, relié au monde par ton cash pis quelques numéros. Ça fait déjà longtesmps qu’on s’est tous aliénés de ce qu’on aime, de ce qu’on veut vraiment. C’est trop dur, c’est trop forçant, il ne reste plus rien que de se fermer les yeux parce que l’échec est trop dur à endurer, comme le lâche qu’on a toujours été.

Tu veux que j’me pompe, que j’me crinque encore? J’vais te dire ce qui se passe vraiment. Si tu ne te tires pas un balle c’est juste parce que t’es peureux, t’as peur mon ostie que ça soit pire après, que tu te retrouves encore plus dans la marde. J’ai rien inventé, ça fait 200 ans qu’on le dit.

200 ans. Depuis tout ce temps-là que la vie est juste une marde industrialisée qui prône le taylorisme de la pensée pour être beaucoup plus efficace dans sa petite job de cul et surtout pour être bien certain que quelqu’un ne se mette pas à penser, assez pour se révolter contre la marde, pour réveiller le monde et qu’ils se grouillent le cul, ferment la tévé pis sortent dehors pour crier, pour renverser tout ce qui nous a amenés là, même si ça va rien changer, même si on ne peut rien changer, au moins pour se dire qu’on a fait quelque chose, qu’on s’est sorti le nez de la marde pour au moins un petit bout de temps.

Quoi, de l’espoir? Tu penses que tu vas t’en tirer avec ça? L’espoir, c’est juste un gun sur ta tempe qui te force à continuer, un hustler habile qui t’emmène en bateau pour mieux te trancher la gorge. Tu dis que c’est tout ce que t’as, de l’espoir? Bin t’as rien, rien pantoute. Tu t’es fait fourrer, c’est juste des accroires. T’as beau changer le monde autour de toi, il va toujours finir par se retourner le nez dans la marde. C’est trop fort dans nos gènes, on peut pas faire autrement. La seule chose qui pourrait nous aider, c’est l’apocalypse, pis même elle n’arrive jamais.

L’espoir n’a qu’une seule fonction: te garder vivant, éviter ton trépas pour que le code, la séquence que tu portes se perpétue. C’est un truc mental, une supercherie. Grâce à l’espoir, tu n’es plus qu’un esclave de la vie, un esclave du code. Ta conscience n’a aucune valeur, elle n’est qu’accessoire face à ta préservation. Ta morale, les règles d’un jeu, dogmes si faciles à transgresser quand on s’y attarde un peu.

Derrière la morale, je n’ai pas de limites. Derrière la morale, je tue des enfants, je les encule, j’abuse du monde entier, je vole les vieillards, j’assassine ceux qui m’énervent et j’éjacule sur mes richesses. Derrière la morale, je suis un monstre que tu ne peux même pas imaginer… ET TOI AUSSI. Et tout le monde, et tout le monde est tenu en laisse par une poignée de principes culpabilisants cherchant à cacher l’animal au fond du cerveau, pantin des désirs et des pulsions innommables.

Regarde bien, l’animal est en toi, viole et tue et pille et détruit, sans se poser de questions. Rien ne peut l’arrêter, rien ne peut freiner son influence. La morale a beau retenir les pires manifestations, les empêcher de faire surface dans tes gestes, mais au fond elles sont toujours là, façonnant la pensée, dirigeant les actions, si bien que leur influence est constante, finit par diriger les pulsions vers des actes pouvant satisfaire au moins une partie du désir.

Et c’est pour ça, c’est pour ça qu’on est entouré de marde. Et c’est la même chose pour toi, malgré ta conscience qui s’offusque et tes phrases qui s’érigent pour te protéger. Tes mots resteront à jamais des diachylons mal ajustés, des illusions de décence camouflant l’horreur de tes pensées profondes.

L’évolution s’est fuckée complètement. Nous porter, nous les humains, au top de toutte, quelle idée épaisse! Les insectes le méritent plus que nous! Qu’est-ce qu’on a fait? Est-ce qu’on a pu changer la vie horrible qu’on a tous, les inégalités dégueulasses? Les seuls heureux c’est les mangeux de marde qui embrassent le système comme des porcs sans conscience.

C’est ça. Il n’y a pas d’autre salut que de tous devenir des esclaves du tas de marde, de se battre et de s’entre-tuer pour le plus gros morceau, de laisser le tas de marde décider des vainqueurs. Les autres, ceux qui meurent et qui crèvent de faim, c’est juste de leur faute, ils avaient juste à mieux se battre. Pis si ils étaient pas capables, bin ils méritaient juste de mourir! Sélection naturelle, ostie!

Quoi? Tu dis que c’est pas correct? Qu’il faut faire attention aux autres? Ostie d’épais! Naïf! T’as vraiment rien compris. Ce que t’entends autour de toi, c’est juste de la bullshit! Tout le monde le sait, au fond, qu’il y a juste une chose d’important: soi-même. Bien sûr, ils disent le contraire, ils se font pleins de compassion et disent des beaux mots. Mais c’est juste de la parure. TOUT LE MONDE EST UN PRÉDATEUR; les plus faibles vont tomber s’ils ne se battent pas assez. Ton compte de banque, tes cartes de crédit, ton carnet de chèques, c’est la seule chose qui compte pour te garder en vie, c’est ta massue et ton bouclier, ton couteau et ton casque. Le reste n’a aucune importance, surtout pas des petits rêves d’un monde meilleur qui puent l’eau de rose et auxquels personne ne croit parce que c’est absolument impossible. Aimer, aimer les autres c’est se donner la mort, se tuer à petit feu pendant que l’autre se nourrit de notre énergie comme un vampire. Y’a personne qui t’aime, personne va jamais t’aimer, c’est tout simplement impossible! Viens, viens, approche un peu que je te donne de l’empathie, de la compassion, juste pour te sucer toute ta force vitale, pour en avoir plus et survivre plus longtemps que toi! Mon code génétique est meilleur que le tien, et je vais t’écraser pour que le mien ait plus de chances de survivre. Le roi de la montagne, une bataille de suprématie entre les humains.

La violence te fait peur, tu dis que ça n’a pas de bon sens? Pense un petit peu, réfléchis à tout ce qui te passe par la tête dans une journée, tout ce que t’essaie d’ignorer à chaque fois que tes désirs veulent te forcer à faire quelque chose. Les petits péchés coupables que ta conscience judéo-chrétienne essaie de camoufler. Y’a pas de confession qui peut te sauver, ces hypocrisies ne valent plus rien lorsque tu te retrouves, seul, avec ce que tu penses et qui est tellement dégueulasse, tellement innommable. Tes petits fantasmes, ceux auxquels tu as peur de penser, tes petits désirs qui ne sont même pas légaux, toutes ces choses qui te passent par la tête et que tu ne veux pas voir, et que tu persistes à ne pas considérer comme importantes. Toutes ces petites affaires, elles pointent à ta POURRITURE, à la part inavouable de ton être, cette part qui influence sans que tu t’en doutes chacun de tes gestes. C’est là, au fond de ces pensées, que se révèle ta nature profonde d’animal pris en cage prêt à tout pour sortir des barreaux qui t’encerclent.

Nos jours sont comptés. Norwich Union ne t’acceptera pas avant 50 ans, fait que ramasse ton cash. Les billets de banque sont les épées des temps modernes. Les spéculations sont les canons. Les virements bancaires sont les alliances secrètes. Au-delà, plus rien n’a d’importance, plus rien ne peut te libérer de l’emprise du monde numéroté. Il nous faut des grandes orgies de spéculation sur la monnaie des pays pauvres, et là on va pouvoir échapper à notre mort. Tant que c’est les autres qui meurent, on va être corrects!

On a besoin d’armées de fonds mutuels! On veut des dividendes, on veut des ristournes! Nourrissez-nous, donnez-nous du cash, on a la bouche grande ouverte! Si vous nous en donnez assez, on promet qu’on va arrêter de penser, qu’on va juste regarder la télé et magasiner, on le promet! Si vous nous en donnez assez, on va arrêter de se plaindre, on va voter pour vous autres encore! Si vous nous en donnez assez, on va toujours être de bonne humeur, on va sourire tout le temps, on va être optimistes! On promet!

Ah pis fuck, chu tanné. Ça donne rien de toute façon.